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What kind of Europe for the future ?
Vendredi 27 Janvier 2017

Que sera, que sera, the future is not for me to see, que sera …- cette chanson de 1957 - what shall be, shall be, que sera, que sera, thy future is not for me to see – pourrait bien s'appliquer à l'Europe.

Le philosophe Bart Verschaffel le dit autrement : il définirait l'Europe comme une fiction, mais une fiction nécessaire. Il emploie le terme fiction dans un sens particulier puisque Bruxelles et toutes les autres institutions de l'UE, y compris le double siège à Bruxelles et à Strasbourg du Parlement Européen, ne sont pas qu'une illusion. Cependant, pour la plupart des personnes en Europe, c’est à peine si elles existent. Est-ce la raison pour laquelle il est si facile pour les populistes de prétendre que l'Union Européenne est superflue, et qu'ils peuvent argumenter qu’il est temps de revenir aux souverainetés nationales? Ces idées, que partagent par exemple Le Pen ou Wilder, trouvent leur justification dans l'exemple du BREXIT du Royaume-Uni, et trouvent aujourd’hui le soutien de Trump et Steve Bannon de Breitbart News. Malheureusement, en raison de l'absence d'une alternative à gauche, le seul obstacle politique à l'establshment néo-libéral semble provenir uniquement de l'Extrême Droite.

Ce qui est curieux, c'est que la politique néolibérale de la Commission
Européenne a été mise en œuvre par ceux qui n'ont aucune illusion de ce qu'est l'Europe. C’est précisément parce que les experts ont pour habitude de consulter beaucoup moins les citoyens et beaucoup plus les lobbyistes oeuvrant au bénéfice d'entreprises profitant de la mondialisation, que se profile une rébellion avec de fortes conséquences épistémologiques. Le champ politique est en pleine reformulation et ce mécanisme a été le mieux décrit par Benedict Anderson dans « Imagined Communities », ouvrage dans lequel il décrit le processus de formation des nouvelles nations au 19ème siècle comme le résultat du pèlerinage des mécontents, de ceux qui sont exclus d'un système de privilège réservé aux fonctions élevées des administrations qui prévalaient à l'époque.

Le débat actuel sur l'Europe reflète, dans son ton pessimiste,
la réalité d’une gouvernance régie par les lois presque «invisibles» de l'UE. Bien qu’elles affectent la vie quotidienne, depuis la carte européenne de santé jusqu'aux normes environnementales, la loi de l'UE – cette combinaison de directives et de règlements - est mise en œuvre à l'aide du pouvoir de normalisation (« soft power »), de telle sorte que les Etats membres puissent toujours prétendre être les véritables et principaux législateurs. Ce «soft power » est fondé sur les doctrines des Lumières, celle de la compassion humaine et de l'existence d'un bien moral ; et il peut facilement être sous-estimé par ceux qui rejettent désormais le politique, ceux qui croient en ce que la « droite alternative » clame haut et fort : que la vie est difficile et que seuls les plus aptes survivront, et qu'il faut en être. Pour ces gens, le véritable pouvoir doit être fort au contraire de doux (« soft ») ; si fort que seul Erdogan peut actuellement imaginer l'avoir à sa portée. Un pouvoir qui mène à un régime autoritaire.

La faille de cette stratégie antidémocratique a été mise en évidence par la décision de la Haute Cour du Royaume-Uni qui stipule que le gouvernement devra consulter le Parlement avant d'initier l'article 50. Par ailleurs, l'échec d'une juste répartition des migrants partout en Europe révèle le manque de solidarité humaine de ceux qui souhaitent continuer à vivre dans un monde d'illusions comme celui dépeint dans Astérix. Le philosophe polonais Kolakowski a prédit que lorsque les gens chercheront l’idéal perdu de la souveraineté nationale, et ceci sans aucune lecture critique de notre Histoire et de ses deux guerres mondiales, le résultat sera alors une caricature de la réalité.

Par conséquent,
pour que l'UE ait un avenir, la crise actuelle doit être perçue de manière réaliste. Un facteur crucial étant que l'UE n'a aucune légitimité réelle pour gouverner l'ensemble de l'Europe. Jusqu'à présent, l'UE tirait sa légitimité du succès qu'elle revendiquait – et qui était en fait son expansion géographique continue – mais elle ignorait cette idée de Hegel, selon lequel la société bourgeoise elle-même ne peut exister que par l'expansion continue. Ces derniers temps, l'expansion européenne s'est arrêtée ; elle s'est même inversée avec le BREXIT. Pour contrebalancer cette tendance, la Commission et le Conseil de l'UE devraient, avec le Parlement, retrouver une légitimité d'un type particulier. Surtout que l'UE ne doit pas se composer uniquement de forces économiques et monétaires, mais a besoin de parvenir à un consensus culturel général, afin que tous les citoyens se sentent égaux en Europe. Ce sentiment d'égalité a une signification particulière, car les institutions de l'UE ont perdu en légitimité morale lorsque le traité constitutionnel de l'UE n'a pas été ratifié ni en France ni aux Pays-Bas, ni même seulement mis au vote au Royaume-Uni en 2015. Le traité de Maastricht a tout juste été capable de colmater ces brèches. Ainsi, pour avoir un avenir, la marginalisation de la culture, ou son instrumentalisation pour l'industrie créative doit cesser. Sinon, le regretté Zygmunt Baumann aura eu raison et nous serons alors véritablement devenus de parfaits étrangers en Europe.

Sur l'auteur

 
Hatto Fischer, poète et philosophe, coordinateur de l'ONG Poiein kai Prattein, a été impliqué dans des questions de culture de différentes manières: sur des projets européens, comme conseiller pour les Verts à la Commission culturelle au Parlement européen, il a suivi un étude pour la Commission européenne sur la façon dont la culture en Grèce a été financée par le Fonds structurel. Outre ses propres écrits, il est engagé dans le dialogue avec les poètes et coordonne le mouvement jeunesse Kid's Guernica - Guernica du monde entier avec des enfants et des jeunes peignant des peintures murales de paix sur une toile de la même taille que Guernica Picasso (7,8 x 3,5 m ). Ses travaux de recherche les plus récents ont porté sur la manière dont l 'Europe est reliée à travers la culture, comme en témoignent les CEC depuis 1985.

Web: www.poieinkaiprattein.org