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USA - L'Union Européenne à l'ère de Trump
Mardi 28 Février 2017

Depuis que Trump est devenu Président des Etats-Unis, la question que nous nous posons tous concerne le futur des relations entre les Etats-Unis et l'Union Européenne. La perspective de la nomination de Ted Malloch au poste d'Ambassadeur des Etats-Unis pour l'Union Européenne doit être considérée comme le premier des signes indiquant qu'un tout autre genre de vent va souffler au dessus de l'Atlantique. Malloch prétend avoir aidé à détruire l'URSS, et il semble vouloir en faire de même avec l'Union Européenne. En tant que fort partisan du Brexit, il répète à l'envi le mantra de Trump: que l'UE est gouvernée par des officiels non élus. Bizarrement, Malloch dit répéter cela au nom de la démocratie – alors qu'il semble que cela soit davantage sous la menace du Président Trump.

Considérant cela, il faut toutefois conseiller aux Européens de ne pas développer de fausses perceptions quant à ce qu'il est en train de se passer à Washington. Les réponses américaines doivent être envisagée sous l'angle des croyances qui les sous-tendent; ces croyances doivent dès lors être considérées comme des faits, notamment celle selon laquelle l'UE est mauvaise pour les états-nations. Quatre prémisses doivent être prises en compte pour répondre à ce défi de manière adéquate:

1. Ce que veut Bannon

Architecte en chef des futurs plans américains, Steve Bannon apprécie d'être diabolisé puisque cela lui permet de se présenter ensuite comme le Capitaliste éclairé. Il souhaite installer un système de valeurs strictement judéo-chrétiennes, et restaurer par là un capitalisme 'modéré'. Cela est une stratégie sur le long-terme, avec des valeurs qu'il veut voir transmettre de génération en génération.

Source: https://qz.com/898134/what-steve-bannon-really-wants/

2. La loi du plus riche

Trump et Bannon estiment que les remises en cause de l'ordre néo-libéral ne peuvent émaner que de la droite. Cela implique donc pour eux de gouverner, comme l'a fait Hitler pendant le Troisième Reich, au delà de la loi. Pour l'analyse de la gouvernance supermanagériale sous le Troisième Reich, voir https://lareviewofbooks.org/article/the-supermanagerial-reich/

3. Les défis en politique étrangère

La véléité impérialiste américaine avait déjà connu des déboires auparavant, mais la politique étrangère de l'administration Obama a été fortement marquée par le retrait des Etats-Unis d'Irak. Trump a mis cela sous le coup du mauvais leadership d'Obama, puisque cela a contribué à la diminution du rôle des Etats-Unis dans le monde. En conséquence, la future politique étrangère des Etats-Unis devra être guidée par l'idée de “make America great again”. Pour cela, Bannon a convaincu Trump de se retirer du monde en même temps de le plonger dans une nouvelle guerre. Il ne fait aucun doute, selon cette stratégie, que le monde est complexe, ou un véritable 'désordre' comme le qualifie Trump. Une telle stratégie, qui devrait permettre aux Etats-Unis d'émerger une nouvelle fois comme une hyperpuissance, se fonde sur une lecture historique des après WWI et WWII. Cette vision devrait être vérifiée très bientôt – et mettre en rogne l'opinion mondiale par la même occasion - puisque les Etats-Unis ont exprimé leur soutien à Israel dans l'expansion de ses colonies et rejettent ainsi la solution à deux états. Pour fomenter une grande guerre et ensuite y intervenir comme le Sauveur, les Etats-Unis ont besoin d'un ennemi. Bannon et Trump semblent l'y voir incarner dans le monde musulman – mais ce dernier sera-t-il suffisant? Certainement pas. Aussi, le démantèlement de l'Union Européenne pourrait être un nouveau foyer de conflit dans lequel les Etats-Unis auraient envie de s'impliquer. Pour une analyse complète des défis de la politique étrangère des Etats-Unis, l'article de Francis Shor, paru en le 16/12/2016 : http://newpol.org/content/end-%E2%80%9Camerican-century%E2%80%9D-whither-us-global-hegemony-and-indispensable-nation

4. UE – défis

Trump ne devrait pas être vu comme une menace mais plutôt un défi, à l'encontre de ce qu'a écrit Tusk dans sa lettre aux Etats-membres. Une menace ne manquerait pas de mettre l'Union Européenne en état d'alarme et de créer des peurs exagérées. Ce n'est pas un nouveau 'narrative' qui permettra de consolider l'Union Européenne mais bien, comme je l'ai dit auparavant, un surplus de légitimité morale qui découlerait d'une égalité pour tous les citoyens. Steve Bannon et la droite alternative voudront sûrement influencer les élections à venir aux Pays-Bas, en France et en Allemagne; mais l'Europe n'a de futur que si nous nous résolvons à faire ce qui est réellement nécessaire : garantir la liberté par le moyen de la démocratie.

Sur l'auteur


Hatto Fischer, poète et philosophe, coordinateur de l'ONG Poiein kai Prattein, a été impliqué dans des questions de culture de différentes manières: sur des projets européens, comme conseiller pour les Verts à la Commission culturelle au Parlement européen, il a suivi un étude pour la Commission européenne sur la façon dont la culture en Grèce a été financée par le Fonds structurel. Outre ses propres écrits, il est engagé dans le dialogue avec les poètes et coordonne le mouvement jeunesse Kid's Guernica - Guernica du monde entier avec des enfants et des jeunes peignant des peintures murales de paix sur une toile de la même taille que Guernica Picasso (7,8 x 3,5 m ). Ses travaux de recherche les plus récents ont porté sur la manière dont l 'Europe est reliée à travers la culture, comme en témoignent les CEC depuis 1985.

Web: www.poieinkaiprattein.org