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Les besoins pour une réelle coopération culturelle
Jeudi 13 Avril 2017

La coopération culturelle est une affaire complexe, principalement interprétée comme une forme spéciale de réseautage en soutien aux arts et à la culture. L'appel à projet de la Commission européenne en 2002 soulignait le besoin d'examiner singulièrement les agréments pour la coopération culturelle entre différents corps politiques. L'EFA/Interarts y répondit en soulignant que le côté formel de la coopération culturelle est bien trop souvent réduite à la promotion de l'image, identité nationale incluse. Cela s'applique aussi à des efforts entrepris par des territoires particuliers comme le sud-est de l'Europe ou les pays des Balkans. http://cultureactioneurope.org/document/efah-cae-i-report-on-the-state-of-cultural-cooperation-in-europe-2003/ Le problème avec cet appel à projet était qu'il laissait à l'écart la société civile, les ONG, mais aussi les différences existant entre les réseaux formels et informels, par exemple le World Poetry Movement, connecté par ailleurs aux festivals de poésie.
Partout dans le monde, le concept de la coopération culturelle est mis en équation avec la diplomatie culturelle et le dialogue interculturel ; c'est aussi pour cela que le patrimoine culture se classe habituellement en haut de la liste des priorités de la coopération. Cette dernière inclut aussi bien les réseaux nationaux d'instituts culturels – les Goethe, British Councils, Instituts Français et autres Cervantes – pour mutualiser les ressources et d'une façon, faire la représentation de l'Europe à l'étranger. Dans ce contexte multinational, la diversité culturelle est devenue un terme-clé, et l'Europe de faire face à d'immenses défis, dont celui que soulignait Culture Action Europe dans leurs réflexions Rome 2017 : celui de la coopération, rendue encore plus difficile dans une Europe multi-vitesse. http://cultureactioneurope.org/news/wheres-culture-for-future-of-europe/

Si les cinq doctrines de Juncker proposent effectivement chacune de différentes formes de coopération, elles ont également toutes un défaut clé. Une fois encore, la culture n'est pas mentionnée. Culture Action Europe propose donc d'ajouter une sixième doctrine, pour que la référence à la culture ne soit pas seulement à un niveau symbolique, mais puisse devenir substantielle en promouvant le développement humain. Le risque est que les contenus artistiques soient négligés. Régulièrement, la coopération prend du retard sur les demandes de soutien en ressources humaines et en soutien pour le management culturel.

Dans cette perspective, comment augmenter le potentiel des arts et des contenus culturels ? Les réseaux de musées ou les compagnies de danse existent à travers l'Europe et beaucoup ont abouti dans le sens de la coopération. Aujourd'hui encore, les capacités innovatrices doivent être encouragées par de nouvelles formes de coopération qui devraient observer cinq lignes directrices :
  • En apprenant à utiliser, mais pas abuser, de la culture pour le développement économique, la dominance excessive de la dimension économique peut être évitée. Cela s'applique à la promotion de l'industrie créative.
  • Encourager la représentation de la culture dans les régions périphériques en promouvant le patrimoine culturel matériel et immatériel, ainsi que la coopération comme des outils de sauvegarde l'intégrité territoriale. Le sud-est de l'Europe et d'autres régions tendent trop vers les problèmes d'image dues à des complexes d'infériorité.
  • Faire du consensus culturel la base de la prise de décision, pour progresser dans le partage des ressources culturelles à la condition d'une appréciation mutuelle et d'une reconnaissance de ce que chaque partenaire peut apporter. Dans ce procédé, les artistes et les secteurs culturels doivent avoir leur voix.
  • Réévaluer le rôle de la culture et utiliser les artistes dans le but de développer des indicateurs pour mesurer l'impact sur l'emploi, l'environnement et la démocratie. Trop souvent, les arts peuvent servir seulement aux élites alors que la connaissance des conditions sous-tend un choix d'ignorance fonctionnant avec des données désagrégées. http://www.coe.int/en/web/culture-and-heritage/indicators-culture-and-democracy
  • Mettre en relation les besoins concrets avec les contraintes réelles afin de connecter l'Europe par la culture, notamment en vue du besoin de surmonter les pertes et de redistribuer les bénéfices de la modernité et de ses développements technologiques et ainsi atteindre un genre de cohésion socio-culturelle. La mondialisation et l'ère digitale ont toutes deux modifié les procédés d'apprentissage, si bien que les pertes peuvent être gérées sans que l'on ne perçoive de perte d'avantages réels.
Une vision de l'Europe du future requiert de nouveaux modèles de coopération capables d'innover socialement et culturellement pour s'adapter dans le temps aux besoins réels tout en ouvrant le champ des possibles pour la collaboration.

Sur l'auteur


Hatto Fischer, poète et philosophe, coordinateur de l'ONG Poiein kai Prattein, a été impliqué dans des questions de culture de différentes manières: sur des projets européens, comme conseiller pour les Verts à la Commission culturelle au Parlement européen, il a suivi un étude pour la Commission européenne sur la façon dont la culture en Grèce a été financée par le Fonds structurel. Outre ses propres écrits, il est engagé dans le dialogue avec les poètes et coordonne le mouvement jeunesse Kid's Guernica - Guernica du monde entier avec des enfants et des jeunes peignant des peintures murales de paix sur une toile de la même taille que Guernica Picasso (7,8 x 3,5 m ). Ses travaux de recherche les plus récents ont porté sur la manière dont l 'Europe est reliée à travers la culture, comme en témoignent les CEC depuis 1985.

Web: www.poieinkaiprattein.org