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Interview de Michaël MOGLIA
Lundi 04 Janvier 2016

Vous avez été élu Président du réseau « Les Rencontres » en novembre 2014, qu’est-ce qui vous a poussé à accepter cette fonction ?

J’ai effectivement accepté il y a un an déjà maintenant de prendre la présidence de ce réseau européen et ce pour de multiples raisons ; des raisons sentimentales mais aussi et surtout culturelles et politiques.

Sentimentales d’abord parce qu’il y a une forte attache vis-à-vis des membres et des adhérents qui composent notre association. J’ai depuis une petite dizaine d’années participé à de nombreuses manifestations un peu partout en Europe et j’ai, au travers de ces réunions organisés par « Les Rencontres », pu découvrir toute la richesse de celles et ceux qui composent notre réseau. Cela crée des liens amicaux qui permettent la mise en œuvre de projets communs mais aussi d’avancer ensemble vers l’Europe que nous souhaitons.

Pour des raisons culturelles et politiques ensuite, avec l’impératif de faire vivre, d’entretenir et de développer notre réseau, il semblait vital d’engager l’acte II des « Rencontres ». Nous sortions d’une longue période d’échanges,  de consultations, de contributions, que nous avions appelé La Refondation. Nous nous sommes livrés pendant plus d’un an à un long travail d’introspection, il était utile et nécessaire de collectivement nous poser les questions nous permettant d’envisager l’avenir ; et ce vingt ans après la création de notre réseau.

Je ne découvre rien de la situation, je savais que tout cela serait extrêmement compliqué et de ce point de vue là je n’ai pas été déçu. Une passation à la tête d’une association importante comme la nôtre n’est jamais quelque chose de facile. Il y a toujours des risques. Mon prédécesseur était Président depuis deux décennies, cela crée des liens, mais aussi beaucoup d’habitudes, charge à moi de mettre en œuvre l’Acte II des « Rencontres », de changer notre réseau en profondeur tout en respectant son histoire.

Quel bilan tirez-vous de cette première année d’exercice ?

Il fallait, dans un contexte économique extraordinairement compliqué, mettre en œuvre la feuille de route votée à l’unanimité lors de l’Assemblée Générale du Campus Européen de Lille (8 novembre 2014) en hiérarchisant les priorités. Mon mandat étant prévu pour trois ans, j’ai envisagé trois temps : un temps de restructuration budgétaire et interne, un temps d’adaptation au nouveau projet et un temps de mise en œuvre. Cette dernière étape ne sera possible que si les étapes précédentes sont réalisées efficacement.

Nous avons quitté Paris pour rejoindre Lille, renouvelé en profondeur l’équipe, revu complètement notre budget en analysant celui-ci au plus près pour retrouver des marges de manœuvres, tout en tenant le calendrier d’activités décidé collectivement. Le plus difficile est de mener tous les chantiers en même temps. J’ai bien conscience que l’attente est immense, il fallait donc dès les premières semaines donner des signes de changement les plus forts possibles, ce que nous avons essayé de faire lors des différents événements organisés en 2015.

A Fontenay-sous-Bois tout d’abord, sur un thème d’actualité « Arts / Cultures / Migrations », en faisant intervenir de nombreux acteurs culturels, politiques, sociologues et artistes et avec qui, pendant trois jours, nous nous sommes penchés sur un sujet qui est à tort décrit comme problématique. L’enjeu de la Rencontre de Fontenay-sous-Bois était pour nous de montrer l’extrême richesse culturelle apportée par les migrants.

A Mons, Capitale Européenne de la Culture 2015, nous avons souhaité nous pencher sur le sujet des nouvelles technologies en sortant des sentiers battus pour nous focaliser davantage sur les changements qu’elles apportent au processus de création artistique, de diffusion et de transmission. Cela a permis des échanges passionnants, notamment lors des interventions de Bernard Stiegler, de Luc Dardenne ou encore de Carole Tongue.

Enfin à Milan, où pour la première fois nous avons souhaité organiser une Rencontre permettant collectivement de faire un point d’étape sur le chemin parcouru depuis le Campus européen de Lille et sur les objectifs pour l’année à venir.

Quelles décisions ont été prises à Milan ?

J’ai dès le départ souhaité, et c’était une des conditions pour que je prenne le relais, que nous puissions avoir à nouveau des instances délibératives qui aient du sens et pouvoir ainsi m’appuyer sur une équipe qui, à mes côtés, prendrait les décisions nécessaires pour développer notre réseau. J’attache beaucoup d’importance à la délibération collective et au rôle de chacune de nos instances. Je conçois ma fonction de Président comme lié étroitement à celles des membres du Bureau, sans lesquels nous ne pourrions avancer. Le Bureau, qui a été réduit à douze membres, est aujourd’hui  paritaire et fortement renouvelé. Il s’est réuni durant toute une journée à Milan pour travailler sur un certain nombre de projets que nous souhaitons mettre en œuvre dès 2016.

Parmi les dispositions statutaires sur lesquelles nous sommes revenus, nous avons décidé la reconduction à l’identique des tarifs 2015 pour le barème d’adhésion 2016, travaillé aux avantages accordés aux membres, mais aussi à la création d’une adhésion individuelle. Cette dernière permettra à celles et ceux qui souhaitent nous soutenir de le faire également en leur nom propre.

La priorité pour cette nouvelle année sera de traduire nos nouvelles orientations au travers d’un changement de nom et donc d’une nouvelle communication, ainsi que d’un nouveau rythme pour plus d’efficacité. Cela passera par une nouvelle organisation événementielle avec des rendez-vous plus réguliers. Ce sera le cas cette année par l’organisation de trois journées thématiques à Sarajevo (février), Cologne (mars) et Bordeaux (juin) qui permettra à une délégation de membres de découvrir sur le terrain les initiatives culturelles locales mise en œuvre, échanger sur les savoir-faire et éventuellement, nous le souhaitons, engager des projets commun de coopération. Le fil rouge de cette année portera sur « Comment la culture favorise le dialogue interculturel ? ». La décision a été également prise d’organiser un grand moment de rencontre en octobre à San Sebastian, Capitale Européenne de la Culture 2016.

Pourquoi ce changement de nom ?

« Les Rencontres », même si c’est un très beau nom et dont la définition fait sens avec nos activités : acte de se réunir ensemble à un endroit particulier et plus largement qui désigne les interactions entre des personnes et des idées, était aujourd’hui trop réducteur par rapport à ce que nous souhaitons faire. Certes il est toujours utile que nous puissions de manière régulière nous rencontrer et échanger mais dans ce qui était souhaité au moment de la Refondation, il y avait une forte demande de voir nos actions se diversifier, le réseau se doit d’être plus concret, d’être davantage « militant », d’être dans la vie réelle, de favoriser la mise en œuvre de projets entre nos différents membres, de réagir à l’actualité. « Les Rencontres », en cela, était trop restrictif et c’est pourquoi nous avons choisi le nom LIKE.

Comment ont réagi les membres du réseau ?

Notre réseau à une longue histoire, il est connu et reconnu de tous mais il nous a semblé primordial que nos nouvelles orientations, que notre nouveau fonctionnement, nos objectifs se traduisent aussi dans son appellation. C’est un débat qui n’a pas été simple. Il y a, je le disais au début de cette entrevue, une forte attache des adhérents à notre réseau et le changement de nom n’est jamais évident. Pour autant, et je l’assume complètement, il me semblait capital que le nouveau souffle que nous essayons de donner à notre réseau s’accompagne d’un nouveau nom, d’une nouvelle identité visuelle qui passe par la redéfinition complète de sa communication et de sa charte graphique.

Quel processus vous a amené au nom LIKE ?

LIKE est assez rapidement apparu comme une évidence. C’est un mot anglais mais entré dans le vocabulaire de la plupart des pays européens. Il est explicite, c’est un mot optimiste, positif et nous en avons bien besoin. Nous ne voulions pas d’acronyme, mais pour autant nous souhaitions un nom court et dynamique.

LIKE c’est aussi le L de Life, le I de Internazionale, le K de Kultur et le E de Europe. C’est un mot qui claque, c’est un mot qui s’impose et qui nous permettra d’être identifiés rapidement.

Quelles sont vos ambitions pour le futur du réseau ?

Notre réseau, qui est un réseau d’élus, de collectivités territoriales, doit être davantage ouvert vers la société, vers les structures culturelles, vers les artistes, vers celles et ceux qui font la politique culturelle aujourd’hui en Europe. Il est donc primordial que nous nous ouvrions davantage encore, qu’un travail partenarial en direction des autres réseaux soit développé, ce que nous avons commencé à faire cette année en participant notamment au Sommet Culture 2015 de CGLU (à Bilbao, mars), au Colloque de la Task Force Cross Border Culture (à Gmünd, mai), en travaillant davantage avec la Fondation Serra Henriques ou Eurocities notamment. C’est fondamental de travailler ensemble pour être plus efficace, ça l’est également dans une période de disette budgétaire où chacun doit veiller à la mutualisation des moyens.

Notre objectif en 2016 est aussi de travailler au montage de dossiers de financement européen. Il était pour cela nécessaire, au préalable, de redéfinir nos priorités, ce que nous sommes et ce que nous souhaitons faire dans les années à venir. Ces clarifications nous permettent d’aborder plus favorablement l’obtention de crédits européens.

De nombreux projets sont encore dans les cartons, nous les mettrons en œuvre dans les mois à venir, parmi lesquels la rédaction d’une Charte de Valeurs, la création d’un support éditorial tel qu’une revue permettant de présenter sur papier des contributions, textes et analyses sur les sujets qui nous concernent. Enfin, nous travaillerons à être plus efficaces encore au niveau du fonctionnement et de l’animation du réseau. Cela passe, j’en reste persuadé, par la désignation d’un représentant par pays chargé de faire vivre au plan national notre réseau et d’être le relais institutionnel, politique et culturel de nos activités et de nos objectifs.