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Bordeaux en chantier
Mercredi 30 Mars 2016

A l'occasion du prochain Rendez-vous à Bordeaux, LIKE vous fait découvrir en avance quelques grands projets culturels territoriaux promus par les collectivités qui nous accueillent: la Région Aquitaine Limousin Poitou-Charentes, le département de Gironde et la Mairie de Bordeaux.

La MéCA – Maison d'économie créative et de la culture en Aquitaine

Et plutôt qu'une maison, c'est un véritable monument que construit la région Aquitaine (devenue, depuis janvier 2016 et suite à la réforme des collectivités territoriales, la région  Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes) à la culture, à la nuit mais aussi à la reconquête spatiale des ses anciens quartiers bordelais abandonnés.

La MéCA regroupera, à l'horizon de sa livraison, le FRAC (Fond Régional d'Art Contemporain) et les agences ECLA (Ecrit Cinéma Livre Audiovisuel) et OARA (Office Artistique de la Région Aquitaine) dans sa maison vivante qui servira bientôt de nouvel écrin pour les collections et les futures créations des artistes de la région.

Le regroupement des trois agences, principales actrices institutionnelles des domaines de la création et de l'industrie créative et numérique de la région, vise à la synergie pour le développement d'une véritable politique culturelle régionale unique et transversale.

Car la région d'Aquitaine Limousin Poitou-Charentes l'a bien compris : la culture d'aujourd'hui a de moins en moins à voir avec les musées, places fortes et fortifiées de l'art des siècles derniers. Au contraire, la MéCA veut transpirer l'art et la création par ses pores et se diffuser sur le quartier des abattoirs, et de Saint-Jean, en pleine restructuration, comme sur la ville de Bordeaux et son projet Bordeaux Euratlantique, sur le département et la région.

Ce notamment grâce à son Grand Foyer, pensé comme un forum à la croisée des trois agences regroupées, que traverseront également les flots de visiteurs attendus. Son auditorium public, au centre de l'espace d'accueil, sera le lieux privilégié des représentations artistiques à la MéCA, afin de remettre la création au coeur de la mission publique de cette maison vivante.

Un monument dédié à l'art et la création, certes ; mais un monument aéré, traversé par tous et dont l'aura devrait impacter l'espace du territoire régional et le quotidien des gens aux alentours. Lors de notre Rendez-Vous de Bordeaux, M. Frédéric Vilcocq, Conseiller auprès du Président de la Région Aquitaine Limousin Poitou-Charentes et le meneur de ce projet, nous fera l'honneur de nous présenter le projet dans son ensemble au travers du plan et de la maquette dans les locaux actuels du FRAC.


INFOS
- Inauguration - courant 2017
- Architecture - BIG Bjark Ingels Group (Copenhague – Danemark) et FREAKS (Paris – France)
- Budget - 52 000 000€, dont 27 840 000€ de travaux
- Financeurs – Région Aquitaine (92,3%), Ministère de la Culture et de la Communication (7,7%)

Salle des Fêtes, Grand Parc

Dans les années 1960, la France s'est lancée dans de larges chantiers de logements sociaux destinés alors à mettre un toit au-dessus de têtes toujours plus nombreuses. Les grands ensembles ont imprimé de leur marque les paysages urbains, comme dans le quartier Grand-Parc, au nord de Bordeaux. En 1968, cet ensemble de barres et de tours logeait quelques 13000 âmes autour d'un espace vert de 10 ha. En 2016 toutefois, les problématiques de ce quartier ont changé : il n'est plus question d'une mini-ville au coeur de Bordeaux, puisque la population du quartier s'amenuise. Les équipements, en nombre et en qualité au temps de la sortie de terre, ont vieilli ; les couleurs de leurs façades ont terni. La salle des fêtes du Grand-Parc, un temps le temple du rock'n'roll à Bordeaux mais fermée au début des années 1990, en fait partie.
 
La convergence des dynamiques : elle est importante, lorsque l'on traite le sujet de la salle des fêtes du Grand-Parc. En effet, la nécessité de redonner à ce lieu de culture, de musique et de convivialité au cœur du quartier Grand-Parc avait souvent été ressentie, sans toutefois que le pas ne soit pris en faveur d'une quelconque réalisation malgré les nombreuses études mises en œuvres après sa fermeture. La Biennale Evento 2011 et son directeur artistique d'alors, Michelangelo Pistoletto, changent un peu les choses : en effet, le thème de l'événement « l'art pour la ré-évolution urbaine » trouve un écho particulier dans ce quartier du Grand-Parc. Les habitants ne veulent pas être en reste de cet événement d'envergure, et voient en lui l'occasion de médiatiser leur combat : la ré-ouverture de la salle des fêtes du Grand-Parc.
 
La vision du directeur artistique se pose cette année-là sur Bordeaux, et sur ceux des habitants du quartier Grand-Parc qui se sont réunis en collectif pour un peu plus tard consulter leurs voisins sur le destin de cette salle, bâtiment original conçu par Claude Ferret, Robert Bedout et Serge Bottarelli entre 1964 et 1967. En amont de la construction, les architectes avaient déjà parié sur la modularité des usages. Cette philosophie se retrouve dans les consultations des habitants, qui dans leur diversité, font part de leur envie que cette salle se plie à la mixité de leurs besoins : culture, sports, vie associative… L'idée est adoubée par Alain Juppé, Maire de la Ville de Bordeaux, car elle s'insère dans le plan plus large de requalification et de désenclavement du quartier Grand-Parc. En 2012, la Mairie de Bordeaux lance donc un concours d'architecture avec pour conditions la création d'un lieu de restauration (ouvert sur l'extérieur), d'un espace d'information sur la vie et les activités du quartier et de différents espaces à vocation culturelle, artistique et sociale.
 
L'heureux élu, le cabinet bordelais Christophe Hutin Architecture a présenté un projet qui :
  • respecte l’architecture originale de la Salle des Fêtes en maintenant la scène et l’ensemble des gradins ainsi que la façade mosaïque ;
  • propose une utilisation diurne et nocturne de l’ensemble des espaces notamment par la destruction de la façade en fond de scène laquelle sera remplacée par une baie vitrée (qui peut être occultée à l’aide de parois algaflex mobiles) ;
  • salle d’une capacité de 1.200 personnes (version assis en gradin, debout au parterre) ou de 650 personnes (assises).
  • la création d’un restaurant sur la façade nord, ouvert sur les espaces verts extérieurs (création possible d’une terrasse végétalisée) ;
  • un espace-traiteur permettant l’organisation d’événements privés (fêtes familiales…) ;
  • un espace d’exposition et de monstration ;
  • un kiosque central modulable situé dans le hall;
  • une salle de réunion associative à accès indépendant ;
  • des espaces techniques de stockage ;
  • des loges équipées ;
  • des bureaux ;
  • prévoit par ailleurs la possibilité d’utiliser les espaces arrière de la salle (aspects techniques), d’organiser des événements festifs et culturels sur le parvis.
 
Le travail de concertation avec les habitants devrait donc mener à la co-construction d'une salle des fêtes, devenue bientôt scène culturelle et maison des associations, deuxième poumon du quartier Grand-Parc aux côtés de la piscine inaugurée en 2007. Un chantier de 4 millions d'euros qui devrait être livré en 2018 et contribuer à la re-dynamisation de ce quartier longtemps laissé en désamour par l'action publique.
 
La culture et l'art au service des territoires ? Oui, mais surtout lorsque l'art et la culture sont mis au service de l'engagement des habitants. Le quartier Grand-Parc, dans son élan pour sa salle des fêtes, vérifie alors la vision de Pistoletto :
« L’art est la plus sensible et la plus synthétique expression de la pensée : l’heure est venue pour l’artiste d’assumer sa responsabilité et de créer des liens entre les activités humaines, de l’économie à la politique, de la science à la religion, de l’éducation au comportement, bref tous les territoires de la fabrique sociale. » (M. Pistoletto, Manifesto Progetto Arte)